Discours lu par le Porte-parole de la cour royale, Lucien Anoma

Discours lu par le Porte-parole de la cour royale, Lucien Anoma

DISCOURS DE BIENVENUE DE LA COUR ROYALE AU PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE NATIONALE GUILLAUME KIGBAFORI SORO

Excellence Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale(…)

Sa Majesté Nanan Aman Ndouffou V, les chefs de provinces, les chefs de villages, les gardiens de nos chaises traditionnelles et les populations du Sanwi, vous disent Akwaba. La visite que vous avez bien accepté de rendre au Royaume Sanwi et à son Roi, Sa Majesté Aman Ndouffou V s’inscrit bien dans l’encyclopédie du Sanwi. Elle nous honore à plus d’un titre parce que vous avez accepté de vous départir un temps soit peu de vos occupations habituelles à l’hémicycle afin de communier avec nous et d’être de plain-pied dans le Sanwi.

Selon un adage Agni, une abeille toute robuste soit-elle, ne peut toute seule bâtir une ruche, si elle ne fait pas appel à ses congénères pour former un essaim ou engendrer une communauté qui soit à même de se cristalliser en vue de s’adonner à une tâche commune. Cette pensée nous semble corroborer avec éloquence la conception de Sa Majesté Nanan Aman Ndouffou II, de son vrai nom Kassi Amon qui de son vivant se lamentait souvent de la faible densité de son royaume. Pour dissiper toute inquiétude, il fit venir un jour son devin le plus expérimenté et l’interrogea en ces termes « Que dois-je faire pour que le royaume soit peuplé ? Que dois-je faire pour que Krinjabo soit digne au carrefour du donner et du recevoir ? » Le devin s’assit et se mit à jeter ses cauris divinatoires. Il tira ainsi cet heureux présage :  » Sa Majesté pour que le royaume ait de la visite et soit digne au rendez-vous du donner et du recevoir, pour qu’il ne soit pas comme un monde vivant en autarcie, les esprits vous donnent toute la latitude de faire enfouir dans la terre une statuette féminine symbolisant la procréation. Elle portera sur la tête une cuvette cuivrée appelée Ahéwa. Dans ce récipient sera répandue une quantité d’or sur laquelle sera déposé un arbuste. Comme une pensée soutenue affirme sans le moindre doute que l’or se meurt dans les entrailles de la terre en illuminant celles-ci, la lumière épousera le tronc de l’arbre pour converger vers le feuillage, lequel deviendra l’étoile qui attirera les visiteurs. » Les révélations du devin furent prises en compte. C’est cet arbre centenaire qui se dresse majestueusement au milieu du village. Il sourit encore aujourd’hui comme au temps de la fête des ignames et vous accueille à l’envie.

Cette assertion sensible répond bien à notre flamme, en ce sens que Krinjabo capitale traditionnelle du Royaume Sanwi a rarement eu le souci d’inviter humblement l’un des tenants des trois pouvoirs de l’Etat ivoirien par la voix de son souverain Nanan Amon Ndouffou V. Vous avez accepté avec joie mais surtout avec humilité de répondre à cette invitation. Veuillez admettre que par ma voix, le Sanwi vous exprime toute sa reconnaissance pour votre présence affective.

Excellence, vous voudriez bien me donner toute la latitude de saisir l’occasion pour vous adresser nos remerciements, à l’issue de l’accueil fécond dont a été l’objet le roi du Sanwi que vous aviez invité à Yamoussoukro en octobre de l’année en cours dans le cadre des activités de l’Assemblée Nationale. Là-bas, vous avez fait de lui votre invité personnel. Vous l’aviez imprégné de l’honneur qui sied à son rang en acceptant qu’il soit votre papa. À ce titre, vous êtes donc le fils du Sanwi. Comme l’a si bien dit sa Majesté, cette invitation de Yamoussoukro dissipe les moindres nuages politiques pour une communion sincère avec le peuple du Sanwi. Excellence, avec votre assentiment, nous voulons placer cette rencontre sous les auspices de la fraternité. Mais il nous sied aussi de mettre notre intervention sous le signe de la vérité, en l’adressant à l’homme éloquent que nous connaissons en vous, c’est-à-dire au Parlement chez qui, il est de bonne augure d’égrener et d’entendre égrener le chapelet de la vérité.

À la tête de notre Assemblée Nationale, il y a l’homme qui possède au plus haut degré le sens de l’intérêt commun. Comme le soutien la sagesse humaine, l’homme est fait pour la grandeur. Pour que sa personnalité atteigne sa pleine maturité, il doit pouvoir unir des hommes. L’union étant la force principale de la force d’un Etat, le flambeau que vous détenez doit pouvoir illuminer l’âme des députés et rejaillir dans le cœur des concitoyens que nous sommes, pour nous dire ou nous rappeler que nous sommes tous des frères issus des entrailles d’une même maman,la Côte d’Ivoire. L’Assemblée Nationale est par excellence, le temple de la démocratie, l’Agora de la liberté d’expression où personne ne peut être inquiété pour ses dires. Souffrez que le député, représentant du peuple convoque des rencontres dans sa région pour expliquer, même au commun du peuple, ce que c’est qu’un projet de loi, ce que c’est le vote d’une loi. Ainsi, le cordon ombilical relierait l’électeur et son élu pendant la législature.

Excellence, Mesdames et Messieurs, la Côte d’Ivoire est notre mère patrie, pour cela nous souhaitons qu’elle vive dans la quiétude dans une véritable paix sans farder la vérité. Cette paix n’est pas démise et cela fait naître des suspicions et des accusations. Eu égard à cela, nous voudrions exprimer notre position par une métaphore. « Dans la jungle, une véritable disette, avait pris pied. Les eaux avaient taries. Les feuillages touffus des arbres ne cessaient de jaunir et de tomber. Le soleil avait calciné la plupart des arbres. Les animaux devenus squelettiques mourraient de faim. Alors, le roi lion, roi de la jungle puisa en son fort intérieur et dit : je dois me départir de choses effrayantes pour convoquer une assemblée au cours de laquelle, il s’agira de s’humilier, de danser et de prier Dieu afin qu’il fasse tomber la pluie salvatrice. Une assemblée générale eut lieu. Les tam-tams, les olifants et tout ce qui concourrait à l’agréable furent réunis. Les batteurs maniaient avec verdeur leurs objets d’art. Toutes les espèces sauvages se mirent à danser. Quand les Tam-tams cessèrent de bruire, le lion sourit et leva la tête, il demanda à chaque danseur de montrer l’empreinte de ses pas de danses. L’éléphant se manifesta le premier et dit : « Majesté, voici mes traces. J’ai ouvert les entrailles de la terre en profondeur et en largeur pour recueillir l’eau qui tombera du ciel. » De vifs applaudissements l’ennoblirent de joie. Le buffle s’en suivit et dit :  » rien de moi ne peut rester inaperçu. Ma présence est palpable. » Toutes les autres espèces, l’hippopotame, se présentèrent à la queue leuleu. Vers la fin de la cérémonie, le roi de la jungle se dressa sur son séant et remua sa crinière. D’une voix que sous-tend une colère mortelle, il dit au caméléon :  » je ne t’ai pas vu danser où sont tes traces ? Je te ferai châtier, je te ferai écraser petite bête à la peau multiface. »

Le caméléon trembla de peur et sentit tout son support descendre de son piédestal. Il se replia en sa propre conscience se mit à genou et pria Dieu céleste. Cependant, tout était encore confus dans son cerveau. Aussitôt, Dieu pénétra son âme en lui en disant :  » Tu n’as pas aucun brin de poussière à la vitrine de ta conscience. J’exhausse tes prières et je t’inspire. » Ainsi, le caméléon eut la sagesse de dire à l’auditoire qu’il n’a pu laisser des traces parce que celui qui aime son pays ne le détruit pas. Le lion resta calme pendant que les autres animaux exhalaient des imprécations contre le caméléon. Tout passa en rumeur. Le maître de la jungle de dire :  » le bonheur nous fuit parce que nous détruisons tout. » Celui qui change la haine en respect, la vengeance en gratitude, montre des étincelles de noblesse et de grandeur.

Nous sommes Agni du Sanwi, nous sommes Akan. Akan signifie la parole, le peuple de la parole, de la richesse du verbe. Jamais dans l’histoire moderne de la Côte d’Ivoire, nous n’avons usé d’une arme quelconque pour nous exprimer. Le Sanwi ne peut donc soutenir des attaques étrangères contre sa mère patrie, la Côte d’Ivoire. Soyez en rassuré » expliquera-t-il avant de conclure en ces termes « ce qui nous intéresse et nous stimule davantage, c’est la liberté d’expression qui détermine notre condition d’existence dans l’état dont nous sommes sûrement un maillon vivant. Votre présence illustre bien la détermination que vous avez de voir toutes les filles et tous fils de la nation s’embrasser pour demeurer un Etat de tolérance et d’amour, un Etat qui s’édifie et élabore sa dignité dans le concert des nations.

Excellence, bon séjour au pays Sanwi.

Propos retranscris par Hussein KOUAME

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